Conscience & Cerveaux
Pim van Lommel , du cœur à la conscience
Au pupitre et illustrant ses propos de diapositives, c'est peu dire que le Dr Pim van Lommel a fait un tabac. Qu'un cardiologue hospitalier comme lui se consacre désormais à l'étude et la popularisation des EMI, puis soit parvenu à publier son étude dans le fameux The Lancet, voilà qui vaut beaucoup de respect. L'étude a porté sur 344 patients ayant frôlé la mort à la suite d'un arrêt cardiaque ; 62 d'entre eux (18 %) ont vécu une EMI. Un premier constat s'est imposé : si la cause était purement neurophysiologique, tous les patients devraient avoir vécu le même phénomène. Pourquoi n'est-ce pas le cas ?
Mais Pim van Lommel ne s'arrête pas là et n'hésite pas à se montrer provocateur en contestant la conception, « jusqu'ici assumée mais jamais prouvée, selon laquelle la conscience et la mémoire sont localisées dans le cerveau.»
Dans le modèle de l'arrêt cardiaque, le cerveau cesse d'être irrigué en quelques secondes. « Comment expliquer qu'une conscience claire - incluant cognition, émotions, identité, souvenirs, et parfois des perceptions au-dessus du corps - puisse être éprouvée au cours d'une période d'absence transitoire de fonctionnement du cerveau ? », interroge-t-il.
D'aucuns lui opposent que l'expérience ne survient pas forcément au cours de cette phase, mais au contraire juste avant ou juste après la perte de conscience. On sait en effet qu'un rêve de quelques millisecondes peut sembler durer une éternité. Dès lors, pourquoi ne pas imaginer que les patients ont captés des informations sur leur environnement physique juste avant de perdre conscience, ou bien au cours de "micro-réveils" pendant le coma, ou encore lors de la reprise de conscience, puis que leur cerveau a reconstitué un scénario crédible autour de tout cela ? Outre que cette hypothèse ne satisfait guère au principe d'économie, Pim van Lommel souligne qu'il existe des cas avérés de perception alors que la personne était bien inconsciente. En guise d'exemple, il cite ce rapport d'une infirmière d'une unité de soins coronaires :
« Une nuit une ambulance amène à l'unité un patient cyanotique de 44 ans, dans le coma. Il vient d'être découvert inconscient 30 minutes plus tôt dans une prairie. Au moment d'intuber le patient, il se trouve qu'il a un appareil dentaire. Je retire l'appareil et le place sur un chariot. Au bout d'une heure et demie le patient a retrouvé un rythme cardiaque et une pression sanguine suffisants, mais il est toujours ventilé et intubé, et toujours dans le coma. Il est transféré à l'unité de soins intensifs pour poursuivre la respiration artificielle. Après plus d'une semaine je rencontre de nouveau ce patient, qui est revenu en service de cardiologie. A l'instant où il me voit, il dit : "Oh, cette infirmière sait où se trouve mon dentier." Je suis très surprise. Alors il ajoute : "Vous étiez là quand on m'a amené à l'hôpital et vous avez retiré mon appareil puis l'avez posé sur un chariot ; il y avait tous ces flacons dessus et un tiroir en dessous, et c'est là que vous avez posé mes dents." J'étais particulièrement étonnée car je me souviens que tout cela s'était produit alors que cet homme était dans un coma profond et en plein processus de réanimation. Il se trouve que l'homme s'était vu dans le lit, et avait perçu depuis un point élevé la façon dont les infirmières et les médecins s'étaient occupés de lui pendant la réanimation. Il a aussi été capable de décrire correctement et en détails la petite pièce dans laquelle il avait été réanimé, de même que l'apparence des personnes présentes comme moi. Il est très impressionné par l'expérience et affirme qu'il n'a plus peur de la mort."»
Quant au témoignage suivant, il montre que même la phase "transcendante" de l'EMI peut permettre l'acquisition d'information objective. « Au cours de mon arrêt cardiaque j'ai eu une expérience intense (...) et plus tard j'ai vu, à côté de ma grand-mère décédée, un homme qui me regardait avec amour, mais que je ne connaissais pas. Plus de 10 ans après, alors que ma mère était mourante, elle m'a confiée que j'étais né d'une relation extraconjugale, mon père étant un juif qui avait été déporté et tué au cours de la seconde guerre mondiale, puis ma mère m'a montré sa photo. L'homme inconnu que j'avais vu 10 ans plus tôt au cours de mon EMI se révélait être mon père biologique.»
Si l'on n'est pas prêt à faire face aux implications d'un tel récit, la seule solution est de considérer que ce témoin est purement et simplement un affabulateur.
Pim van Lommel a poussé la réflexion jusqu'à concevoir que « les champs d'information de notre conscience, constitués d'ondes, sont enracinés dans l'espace de phases, dans une dimension invisible sans temps ni espace, et sont présents autour de, et à travers nous, pénétrant notre corps. Ils deviennent accessibles à notre conscience vigile seulement par l'intermédiaire du cerveau sous forme de champs électromagnétiques mesurables et changeants.»
Il poursuit : « La conclusion inévitable selon laquelle il y a bien continuité de la conscience - car elle peut être éprouvée indépendamment de l'activité cérébrale -, pourrait entraîner un profond changement dans le paradigme de la médecine occidentale, et pourrait avoir des implications pour les questions de pratique et d'éthique médicale, comme la prise en charge des patients comateux ou mourants, l'euthanasie, l'avortement, et le prélèvement en vue de transplantation des organes.»
A l'issue de sa présentation, le public de Martigues gratifie le médecin néerlandais d'une "standing ovation" de plusieurs minutes. Celui-ci s'avouera ensuite très touché par cette marque de reconnaissance.
Après cette matinée bien remplie pour les esprits, chacun s'occupe de son estomac. C'est qu'il s'agit de prendre des forces pour une après-midi qui s'annonce elle aussi très dense.


