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« Vous en aviez rêvé, Sonia l'a fait ! »

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Compte-rendu d'une journée exceptionnelle

Martigues - 17 juin 2006

Premières Rencontres Internationales - L'Expérience de Mort Imminente

 

 

 

 

 

   

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Plus de 2000 personnes s'engouffrent dans l'entrée de la grande Halle de Martigues, dès 8h30 en cette matinée du 17 juin, et déjà cette journée s'annonce comme un succès. Le public a répondu présent depuis toute la France métropolitaine, les pays limitrophes, et beaucoup plus loin encore (Dom-Tom, Canada...).

L'effervescence est grande au sein de l'équipe d'organisation, mais il n'y a plus qu'à "dérouler". Les mois de travail en amont vont payer et il faut juste éviter les fausses notes.

Les intervenants ont participé la veille à une conférence de presse qui montre que l'événement est pris au sérieux. Les questions et les demandes d'interview ont fusé. Les Echos, Le Monde des Religions, l'AFP, la presse locale, mais aussi une équipe de télévision polonaise "couvrent" les rencontres.

L'EMI n'est plus un sujet complètement tabou. Le "nouveau regard sur la mort", et sur la vie, se répand sans être ridiculisé. Il est légitime de s'interroger et cette quête est porteuse d'espoir pour l'avenir. Nous avons choisi de placer cette journée sous l'angle de la médecine et de la science, pour tenter de donner une fois pour toutes à la recherche sur les EMI le crédit qu'elle mérite.

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Raymond Moody philosophe

Pourtant, c'est un philosophe qui est la "vedette américaine" de cette journée. Raymond Moody, psychiatre, est d'abord docteur en philosophie et enseignant de cette discipline.

Le public est bien sûr largement présent pour lui. Son aura est immense, des millions de personnes ont été bouleversées par les témoignages qu'il a recueillis dans son livre "La vie après la vie". Mais il était un jeune homme fraîchement diplômé à l'époque, ce que beaucoup d'Européens ignorent, et il est aujourd'hui dans une soixantaine rayonnante, au sommet de sa vie intellectuelle. C'est beaucoup plus en philosophe qu'en psychiatre que Raymond Moody s'est adressé à nous, et pour autant il n'a pas hésité à aborder les questions frontales. L'EMI est-elle en mesure de prouver la réalité de l'après-vie ? Non, répond-il ; à lui seul le phénomène ne permet pas d'obtenir une telle démonstration. C'est la science éclairée par la réflexion philosophique qui pourra répondre à la question de l'après-vie.

Mais au cours de cette première table-ronde, il n'en dira pas plus car il nous réserve ses "scoops" pour l'après-midi.

Ceux qui ont lu son livre il y a 20 ou 30 ans n'en reviennent pas, Raymond Moody est en pleine forme, et ravi d'être là : « C'est un grand honneur pour moi d'être ici, je vous remercie de m'avoir invité. Je dois dire qu'aux Etats-Unis malheureusement, les gens n'aiment plus penser. C'est merveilleux d'être ici en France, le pays ou la pensée rationnelle est une véritable tradition qui subsiste. » A ses côtés, Patrice van Eersel, auteur lui aussi à succès de "La Source Noire", et Evelyne-Sarah Mercier, qui a posé les jalons de la recherche en France et dirigé "La Mort Transfigurée", autre "bible" des affranchis. Raymond Moody nous raconte comment son livre a été accueilli à sa parution. Circonspection des scientifiques, mais agressivité des milieux fondamentalistes chrétiens. Trente ans après, le mystère reste (presque) entier, puisque la science ne tient toujours pas sa sacro-sainte preuve.

Patrice van Eersel explique qu'il a embarqué presque par hasard sur ce radeau, car il était parti aux Etats-Unis pour une enquête plutôt "sceptique" sur la neurochimie du cerveau et les extases. Mais les vrais explorateurs des états frontières de la conscience, et redécouvreurs de l'accompagnement des mourants, se sont trouvés sur sa route : Kenneth Ring, Raymond Moody, Michaël Sabom, Elisabeth Kübler-Ross...

Que de chemin reste à faire, alors que nous découvrons à peine la notion de conscience en Occident. « Allez voir des lamas tibétains, nous dit Patrice van Eersel, ils se marrent ! Ils disent "eh bien, vous en avez mis du temps, simplement à vous proposer d'entrer en cours préparatoire". »

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Evelyne-Sarah Mercier retrace un parcours intellectuel qui couvre un parcours historique, prenant racine dans la Renaissance avec le mouvement de résistance au rationalisme, devenu "new-age" au 20 ème siècle en agrégeant au passage l'alchimie, le romantisme allemand, l'occultisme et l'ésotérisme. Tous ces mouvements partagent les mêmes traits essentiels, et leurs versions modernes s'inscrivent dans la nébuleuse sociologique des "Nouveaux Mouvements Religieux". En outre, le nouveau paradigme scientifique fait le lien entre le mythos et le logos (la raison). Physique quantique, Jung, Gilbert Durand... Pour la présidente de Iands-France, « il y a à prendre et à laisser dans le New-age. La question est "qu'est ce qu'on fait de tout ça ?" C'est un chemin d'ouverture, un chemin de "reliance". On essaie de se dépasser et de se relier au cosmos, (...) Ce chemin on le parcourt tous, et les témoins le parcourent aussi après leur expérience. »

 

Raymond Moody ne s'est jamais reconnu dans le New-age, parce qu'il s'agit trop souvent de « slogans simplistes », inaptes à rendre toute la profondeur et toute la richesse du questionnement métaphysique et spirituel. La rationalité occidentale s'est construite sur la philosophie grecque mais a évacué la question de l'après-vie, la reléguant à la sphère religieuse. La science s'est développée sur des faits "empiriquement vérifiables", rompant progressivement avec la métaphysique pour aboutir au "scientisme". Le philosophe Raymond Moody s'amuse à nous donner une démonstration logique de l'incohérence du scientisme : « si vous demandez à quelqu'un qui applique cette doctrine, "comment savez-vous que le scientisme est la vérité ? Comment savez-vous que la seule manière de découvrir la vérité et définir la connaissance consiste à appliquer une méthode scientifique?" Ils vous répondront de l'une ou l'autre manière. Supposons qu'ils disent que le scientisme est vrai parce que c'est le fruit d'une méthode scientifique, alors ils raisonnent en boucle. C'est ce qu'on appelle la "pétition de principe", une erreur de logique où l'on suppose dès le départ ce que l'on va tenter de prouver. Mais si le tenant du scientisme vous répond : "je sais que le scientisme est vrai grâce à la philosophie, ou pour des raisons historiques ou encore de théorie littéraire". A ce moment-là il contredit la base et les prémisses mêmes de la science, et donc du scientisme lui-même. Quelle que soit la réponse qu'il donne, le scientisme est donc une position incohérente. »

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Pour Patrice van Eersel, l'EMI est une irruption du mythe dans l'ultramodernité, au cœur des unités de soins intensifs, et non dans quelque temple ou église. Mais surtout, elle est une leçon de vie, y compris pour les autres. On peut faire sienne les deux valeurs essentielles des "expérienceurs" : ce que l'on fait aux autres on se le fait à soi-même, et tout se joue à chaque instant dans chaque détail du quotidien. Autrement dit une sorte de loi de "non-séparabilité" et une invitation à "être présent", ici et maintenant.

Cette table-ronde est aussi l'occasion de faire un point sur la connaissance de cet état de conscience si particulier. La nature de la conscience, sa "non-localité", doit être démontrée sans ambiguïtés par des protocoles rigoureux et incontestables. Les expériences de même type, sans proximité avec la mort, ne remettent pas fondamentalement en cause la définition d'expérience de mort imminente, puisque les changements de personnalité qui en découlent transforment notre rapport à la mort. « Une pirouette », reconnaît Evelyne-Sarah Mercier, mais de toutes façons, les états modifiés de conscience sont désormais sous la loupe des neurosciences.

Ces premiers échanges ont rappelé que l'EMI est devenu un objet scientifique. Plusieurs publications dans des revues scientifiques et médicales "à comité de lecture" (le label de tout travail véritablement scientifique, même s'il y a des fraudes célèbres, et récentes, comme le clonage humain), ont conféré ce statut à ces expériences qui posent d'abord un problème au médecin, et de taille, comme nous l'explique ensuite Pim van Lommel dans sa conférence.

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Pim van Lommel , du cœur à la conscience

Au pupitre et illustrant ses propos de diapositives, c'est peu dire que le Dr Pim van Lommel a fait un tabac. Qu'un cardiologue hospitalier comme lui se consacre désormais à l'étude et la popularisation des EMI, puis soit parvenu à publier son étude dans le fameux The Lancet, voilà qui vaut beaucoup de respect. L'étude a porté sur 344 patients ayant frôlé la mort à la suite d'un arrêt cardiaque ; 62 d'entre eux (18 %) ont vécu une EMI. Un premier constat s'est imposé : si la cause était purement neurophysiologique, tous les patients devraient avoir vécu le même phénomène. Pourquoi n'est-ce pas le cas ? 

Mais Pim van Lommel ne s'arrête pas là et n'hésite pas à se montrer provocateur en contestant la conception, « jusqu'ici assumée mais jamais prouvée, selon laquelle la conscience et la mémoire sont localisées dans le cerveau. »

Dans le modèle de l'arrêt cardiaque, le cerveau cesse d'être irrigué en quelques secondes. « Comment expliquer qu'une conscience claire - incluant cognition, émotions, identité, souvenirs, et parfois des perceptions au-dessus du corps - puisse être éprouvée au cours d'une période d'absence transitoire de fonctionnement du cerveau ? », interroge-t-il.

D'aucuns lui opposent que l'expérience ne survient pas forcément au cours de cette phase, mais au contraire juste avant ou juste après la perte de conscience. On sait en effet qu'un rêve de quelques millisecondes peut sembler durer une éternité. Dès lors, pourquoi ne pas imaginer que les patients ont captés des informations sur leur environnement physique juste avant de perdre conscience, ou bien au cours de "micro-réveils" pendant le coma, ou encore lors de la reprise de conscience, puis que leur cerveau a reconstitué un scénario crédible autour de tout cela ? Outre que cette hypothèse ne satisfait guère au principe d'économie, Pim van Lommel souligne qu'il existe des cas avérés de perception alors que la personne était bien inconsciente. En guise d'exemple, il cite ce rapport d'une infirmière d'une unité de soins coronaires :

 « Une nuit une ambulance amène à l'unité un patient cyanotique de 44 ans, dans le coma. Il vient d'être découvert inconscient 30 minutes plus tôt dans une prairie. Au moment d'intuber le patient, il se trouve qu'il a un appareil dentaire. Je retire l'appareil et le place sur un chariot. Au bout d'une heure et demie le patient a retrouvé un rythme cardiaque et une pression sanguine suffisants, mais il est toujours ventilé et intubé, et toujours dans le coma. Il est transféré à l'unité de soins intensifs pour poursuivre la respiration artificielle. Après plus d'une semaine je rencontre de nouveau ce patient, qui est revenu en service de cardiologie. A l'instant où il me voit, il dit : "Oh, cette infirmière sait où se trouve mon dentier." Je suis très surprise. Alors il ajoute : "Vous étiez là quand on m'a amené à l'hôpital et vous avez retiré mon appareil puis l'avez posé sur un chariot ; il y avait tous ces flacons dessus et un tiroir en dessous, et c'est là que vous avez posé mes dents." J'étais particulièrement étonnée car je me souviens que tout cela s'était produit alors que cet homme était dans un coma profond et en plein processus de réanimation. Il se trouve que l'homme s'était vu dans le lit, et avait perçu depuis un point élevé la façon dont les infirmières et les médecins s'étaient occupés de lui pendant la réanimation. Il a aussi été capable de décrire correctement et en détails la petite pièce dans laquelle il avait été réanimé, de même que l'apparence des personnes présentes comme moi. Il est très impressionné par l'expérience et affirme qu'il n'a plus peur de la mort." »

Quant au témoignage suivant, il montre que même la phase "transcendante" de l'EMI peut permettre l'acquisition d'information objective. « Au cours de mon arrêt cardiaque j'ai eu une expérience intense (...) et plus tard j'ai vu, à côté de ma grand-mère décédée, un homme qui me regardait avec amour, mais que je ne connaissais pas. Plus de 10 ans après, alors que ma mère était mourante, elle m'a confiée que j'étais né d'une relation extraconjugale, mon père étant un juif qui avait été déporté et tué au cours de la seconde guerre mondiale, puis ma mère m'a montré sa photo. L'homme inconnu que j'avais vu 10 ans plus tôt au cours de mon EMI se révélait être mon père biologique. »

Si l'on n'est pas prêt à faire face aux implications d'un tel récit, la seule solution est de considérer que ce témoin est purement et simplement un affabulateur.

Pim van Lommel a poussé la réflexion jusqu'à concevoir que « les champs d'information de notre conscience, constitués d'ondes, sont enracinés dans l'espace de phases, dans une dimension invisible sans temps ni espace, et sont présents autour de, et à travers nous, pénétrant notre corps. Ils deviennent accessibles à notre conscience vigile seulement par l'intermédiaire du cerveau sous forme de champs électromagnétiques mesurables et changeants. »

Il poursuit : « La conclusion inévitable selon laquelle il y a bien continuité de la conscience - car elle peut être éprouvée indépendamment de l'activité cérébrale -, pourrait entraîner un profond changement dans le paradigme de la médecine occidentale, et pourrait avoir des implications pour les questions de pratique et d'éthique médicale, comme la prise en charge des patients comateux ou mourants, l'euthanasie, l'avortement, et le prélèvement en vue de transplantation des organes. »

A l'issue de sa présentation, le public de Martigues gratifie le médecin néerlandais d'une "standing ovation" de plusieurs minutes. Celui-ci s'avouera ensuite très touché par cette marque de reconnaissance.

Après cette matinée bien remplie pour les esprits, chacun s'occupe de son estomac. C'est qu'il s'agit de prendre des forces pour une après-midi qui s'annonce elle aussi très dense. 

  Une conscience délocalisée ? 

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Le Dr Sam Parnia, spécialiste en soins intensifs, en médecine interne et respiratoire, prend le relais de son collègue batave. Lui aussi a travaillé sur le modèle de l'arrêt cardiaque, « puisque par définition les patients ont dans ce cas les critères cliniques de la mort : le cœur ne bat plus, la personne ne respire plus et le cerveau cesse de fonctionner en l'espace de quelques secondes. » Le Dr Parnia se sait très attendu sur sa fameuse expérience des "cibles cachées" (images) disposées dans des salles de l'hôpital de Southampton. Il raconte avec beaucoup d'humour comment ce protocole a pu être mis en place. A un certain point, il a dû faire croire que ces panneaux accrochés au plafond étaient destinés à recueillir la poussière, pour une étude sur l'hygiène dans l'hôpital. Malheureusement, aucun patient n'a perçu les cibles parmi les 4 qui ont eu une EMI dans le cadre de l'étude.

Cette approche demande à être affinée mais Sam Parnia a eu le mérite d'aller jusqu'au bout de son idée. Les autres conclusions de l'étude rejoignent celles de Pim van Lommel. « Quand on parle de cerveau qui cesse de fonctionner pendant l'espace de 10 secondes, ça peut être assez long pour faire une expérience rapide, ou à la reprise de conscience. Mais ça pose un autre problème. Tout d'abord, quand les patients ont une lésion cérébrale, cela va occasionner un état de confusion. Or, les patients qui font une EMI ne sont pas confus. C'est très clair et très lucide. Et quand le cerveau est lésé, on a aussi des amnésies, y compris sur les événements qui se sont produits juste avant ou juste après. Mais avec les EMI, on a des souvenirs très clairs. Plus important encore, il y a des gens qui reviennent et qui nous décrivent très précisément des choses qui se sont produites 5 à 30 minutes après l'arrêt cardiaque, pendant la réanimation. »

Les EMI peuvent-elles être des hallucinations ? Le problème est de définir ce qui est réel. « L'amour maternel est-il réel, comment le définir ? » Si on stimule une certaine zone du cerveau, une mère va continuer à ressentir de l'amour maternel, mais « est-ce que ça signifie pour autant que l'amour maternel est une hallucination ? » Donc l'EMI, ou ne serait-ce que son déclenchement, est nécessairement corrélée à des modifications dans le cerveau, mais cela ne dit rien de sa réalité ou non-réalité.

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Anesthésiste-réanimateur à Toulouse, le Dr Jean-Jacques Charbonier nous a fait part d'étranges expériences qu'il a vécues dans le cadre de sa pratique professionnelle. Dans deux cas distincts, il lui a semblé que s'établissait une forme de communication entre lui et son patient plongé dans le coma. Cette communication a pris la forme "d'idée obsédante", l'amenant à effectuer des gestes que son entourage professionnel jugeait alors inutiles ou déplacés, et qui pourtant avaient du sens. L'une parmi ces patients, dont la vie a ainsi été sauvée, lui a confirmé ensuite qu'elle tentait bien de lui transmettre un "message". Ce genre de témoignages n'est pas rare parmi les professionnels de santé, et il sera intéressant de mener une étude rigoureuse à ce sujet. 

 

 

  

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Pour sa part, le Dr Jean-Pierre Jourdan recueille des témoignages d'EMI depuis près de 20 ans, notamment dans le cadre de Iands-France, et a entrepris d'en éplucher un aspect en particulier, qui concerne l'expérience "hors-du-corps". Le résultat de son analyse des témoignages, au mot et à la virgule près, est frappant de pertinence et d'élégante simplicité, ce qui est un critère essentiel d'une bonne théorie scientifique. Pour l'heure il ne s'agit que d'un modèle, mais Jean-Pierre Jourdan a certainement mis le doigt sur une caractéristique majeure de l'expérience hors-du-corps, qui est de se dérouler dans une 4 ème dimension spatiale. "Tout se passe comme si" on montait dans une dimension supplémentaire, comme un être à deux dimensions qui s'élèverait dans la 3 ème dimension, prenant de l'épaisseur. Cette simple analogie permet de rendre compte de façon extrêmement précise des témoignages qui font état de composantes semble-t-il absurdes : passer à travers les murs, voir dans toutes les directions à la fois et depuis tous les endroits à la fois, voir en transparence, "zoomer" sur des parties du champ visuel (illimité), être partout et nulle part à la fois, etc. Autant d'effets de perspective qui se comprennent lorsque l'on quitte son univers en 3D pour se déplacer et "s'élever" de plus en plus dans une 4 ème dimension spatiale. Mais celle-ci englobe également le temps, de sorte qu'il s'agit plutôt d'une "5 ème dimension".

L'assistance est partagée face à cette démonstration. On ne sait pas si le modèle est génial ou au contraire naïf. En fait, c'est la première réponse qui est la bonne et l'avenir nous le confirmera sans aucun doute possible.

Raymond Moody avoue qu'il n'a pas l'esprit géométrique, mais il pense que Jean-Pierre Jourdan a fait un pas tout à fait considérable avec sa modélisation des perceptions hors-du-corps.

clip_image011 Les blouses blanches face aux EMI

La discussion suivante porte sur l'évolution du regard de la communauté médicale et scientifique sur l'EMI. Raymond Moody en profite pour enchaîner sur ses propres travaux et annonce qu'il souhaite publier son prochain livre en France avant les Etats-Unis. Sa réflexion porte sur l'établissement d'une nouvelle logique qui va nous permettre de faire un saut qualitatif majeur dans l'appréhension de ces phénomènes. De même que Jourdan a mis à jour une logique derrière les perceptions absurdes des expérienceurs, Raymond Moody pense pouvoir rendre compte des autres parties du récit, tout aussi absurdes en apparence. De sorte que l'information rapportée pourra être beaucoup plus facilement traitée et "intégrée".

La question philosophique d'une vie après la mort ne peut être tranchée par le seul recours à la raison, c'est-à-dire à la science et la philosophie. De nouveaux outils conceptuels doivent être développés qui ne reposent pas sur la seule logique aristotélicienne, laquelle est déjà inapte à déchiffrer le monde tel que nous le décrit la mécanique quantique.

Raymond Moody ne va pas sur ce terrain, mais Jean-Jacques Charbonier s'intéresse pour sa part à ces pistes de réflexion, notamment celles qui tournent autour d'un espace superlumineux : si le temps ne s'y écoule plus, alors toute l'information est présente et on accède à l'omniscience. De même, si on connaît tout alors on comprend tout et donc on aime tout. Amour et connaissance, qui caractérisent le ressenti profond de l'expérienceur, seraient ainsi les deux faces d'une même manifestation, celle d'une conscience qui accède à l'espace tachyonique.

Selon Jean-Jacques Charbonier, les médecins se montrent moins ouverts que les scientifiques d'autres disciplines, en particulier les physiciens. La biologie n'a pas fait sa révolution conceptuelle et repose sur une vision très mécaniste des choses. Jean-Pierre Jourdan souscrit à ce point de vue et espère que le corps médical va finir par comprendre qu'il y a là un domaine d'intérêt majeur.

Xavier Rodier troque sa casquette d'animateur contre celle d'infirmier spécialisé et insiste sur le rôle infirmier dans la prise en charge des témoins. Il nous raconte deux cas d'EMI d'enfants qui montrent combien l'écoute est importante, sans jugement, mais avec attention et bienveillance.

Au cours de cette table-ronde, Sonia Barkallah interpelle le public : « Je voudrais savoir s'il y a des gens parmi vous qui ont fait une EMI. S'il vous plaît, levez la main. » De nombreuses mains se lèvent. « Maintenant, j'aimerais savoir si certains connaissent des proches qui ont vécu une EMI... Merci. » Le public est de toute évidence déjà largement sensibilisé, et beaucoup sont aussi venus chercher du réconfort. Le Dr Moody s'adressera particulièrement à eux en fin de journée.

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La présentation faite par le Dr Sylvie Déthiollaz, fondatrice du centre Nôésis de Genève, concerne le pouvoir de transformation de l'individu par l'EMI. Celle-ci a d'abord des vertus thérapeutiques, l'individu change de valeurs, de vision de la vie, et n'a plus peur de la mort. Mais il y a un décalage entre le discours et la réalité, et la transformation ne s'opère pas nécessairement. L'EMI est un point de rupture qui peut être plus ou moins bien vécu selon la personnalité et le profil psychologique. Elle peut être aussi un réel traumatisme car elle induit une profonde remise en question et se double d'une difficulté à partager ce questionnement et ce vécu. Paradoxalement, les premières manifestations sont ainsi plutôt négatives : repli sur soi, instabilité affective..., c'est qu'il faut parfois 10 à 15 ans pour intégrer l'expérience. Quant à l'EMI négative, Sylvie Déthiollaz en distingue trois types : l'expérience peut être "infernale", "dénuée de sens", ou "inversée". Les conséquences en sont une peur exacerbée de la mort et un état dépressif, soit un syndrome de stress post-traumatique. Les causes ne sont pas élucidées, et on pense simplement que la peur peut être à l'origine de ces contenus.

       

 

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Le Dr Mario Beauregard enchaîne sur les états mystiques, étudiés par la "neurothéologie", ou "neurosciences spirituelles". Il s'agit d'étudier les bases neurobiologiques des expériences religieuses, spirituelles ou mystiques (RSM), sans les réduire à ces bases, et sans se prononcer sur la justesse de leur objet, à savoir "Dieu". Quinze carmélites, contemplatives, se sont soumises à l'expérience d'imagerie cérébrale du Dr Beauregard. Résultats : « L'expérience d'union avec Dieu n'est pas associée uniquement au lobe temporal. Il n'y a pas de "module de Dieu" dans le cerveau. Cette expérience est multidimensionnelle : les régions cérébrales impliquées sont liées à la conscience de soi, aux aspects physiologiques et expérientiels des émotions, à une altération du sens spatial de soi ainsi qu'à l'imagerie mentale de type visuel. »

Et Mario Beauregard d'évoquer ensuite le célèbre cas de Pam Reynolds, jeune américaine opérée d'un anévrysme et dont le corps était plongé en hypothermie, le cœur arrêté, en état de mort clinique provoquée pendant une heure. Elle a décrit les instruments, les conversations, les procédures... avant une expérience dans la lumière. Ainsi, ces expériences restent possibles quand le cerveau ne fonctionne plus du tout... Le Dr Beauregard conclut en insistant sur le fait que les expériences RSM ne sont pas des hallucinations. De plus elles ont un impact positif sur la santé puisqu'elles modulent les systèmes immunitaire et cardiovasculaire.

C'est l'heure de la synthèse, Raymond Moody prend la parole pour nous reparler de Platon et de La République, intarissable source de sagesse. Nous continuons à nous poser la question d'une vie après la mort car ni la philosophie, ni la science n'ont répondu de façon définitive. La foi religieuse est-elle alors la seule réponse ? Non, car la raison peut progresser et mieux appréhender d'autres dimensions de la nature humaine. Raymond Moody redit qu'il pense sincèrement qu'une évolution majeure est en marche : « Je veux vous émettre cette pensée : je crois que nous sommes à la veille de percées étonnantes qui vont faire évoluer l'essence même de l'être humain. Je crois que lorsque ce progrès sera réalisé nous allons être changés de façons qui sont actuellement inimaginables. »

Quelques questions du public montrent que l'émotion est forte à l'issue d'une journée aussi riche. Peut-être aussi une certaine frustration car il a été trop peu question d'Amour avec un grand A, comme le dit Jean-Jacques Charbonier, dans les discours des scientifiques. C'est que l'amour n'est pas un objet de science... Il n'a toutefois pas été absent de la journée puisque les interventions et tables-rondes ont été ponctuées des témoignages notamment de Jean Morzelle, Dominique Bromberger et Nicole Dron. Ils nous ont donc rappelé à plusieurs reprises l'enseignement fondamental de ces expériences, mais la médecine et la science sont loin d'en être à cette dimension de l'être. Quant à l'ésotérisme, ou autres formes de croyances, cette journée tenait précisément à déjouer les amalgames. La nature de la conscience est une question parfaitement rationnelle, et les éclairages donnés par telle ou telle religion, pratique ou croyance, n'ont qu'une valeur indicative en tant que faits culturels. Ces premières Rencontres internationales étaient placées sous le signe de la rationalité et souhaitaient éviter l'écueil du rationalisme comme celui des croyances. Certes la science doit faire preuve d'une grande humilité mais rien de ce qui appartient au réel ne lui est étranger, fut-ce au prix d'une rupture logique comme nous y invite Raymond Moody.

Les EMI nous laissent entendre que nous sommes bien plus que ce nous croyons être. Nous espérons que cette journée marquera une date importante dans cette prise de conscience.

Quant aux prochaines Rencontres, nous y travaillons déjà !

Jocelyn Morisson

 
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